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Huit prix Nobel de la Paix prennent la plume contre les sables bitumineux

Desmond Tutu, Rigoberta Menchu, Shirin Ebadi. Outre d’avoir obtenu le prix Nobel de la paix, ces noms prestigieux ont en commun une opposition résolue à l’exploitation des sables bitumineux. Dans une missive adressée aux chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept, ils leur demandent d’apporter leur soutien aux efforts consentis par la Commission européenne pour limiter au maximum les importations de pétrole provenant de ces sables.

Leur empreinte écologique est considérable. Par l’odeur alléchée des pétro-dollars, les géants de l’or noir se jettent néanmoins dessus comme des morts de faim. Au diable les riverains, les écosystèmes et les admonestations des écologistes.

L’assentiment du Canada, producteur majeur de sables bitumineux, est quant à lui total. De quoi attiser la colère des associations de protection de l’environnement, qui ont eu une autre occasion de voir rouge en décembre dernier avec la décision du gouvernement de sortir du Protocole de Kyoto, laquelle constitue selon elles le meilleur moyen de déroger à ses responsabilités écologiques.

Elles bénéficient aujourd’hui du soutien de la Commissaire européenne à l’Action pour le climat Connie Hedegaard, celle-là même qui est passée outre les très fortes pressions extra-communautaires pour que le transport aérien soit couvert par le système d’échange de quotas d’émission de gaz à effet de serre (SDEQE), et qui plaide pour la promulgation d’une directive instaurant des normes environnementales strictes et de qualité minimale pour les carburants. Ceux provenant de l’exploitation des sables bitumineux seraient de facto hors-jeu. Une proposition ambitieuse qui n’est bien sûr pas du goût des compagnies pétrolières et d’Ottawa, pour qui une telle disposition entraînera immanquablement une hausse des prix de l’énergie, et qui a suscité les réserves de ses homologues du Commerce extérieur, de l’Energie et de l’Industrie Karel de Gucht, Günther Oettinger et Antonio Tajani. Huit prix Nobel de la Paix l’ont toutefois approuvée solennellement dans une lettre adressée aux chefs d’Etat et de gouvernement des Etats-membres de l’Union Européenne (UE) dont l’AFP s’est procurée une copie.

La France réticente ?

L’initiative est d’importance alors que les représentants desdits Etats pourraient adopter après-demain les modalités de mise en œuvre de la directive précitée. Une directive qui, de l’avis des Prix Nobel, et à condition d’être correctement appliquée, pourrait permettre au Vieux Continent de réduire sa dépendance à l’égard du pétrole, du charbon et du gaz naturel et par là-même favoriser le développement des énergies non-polluantes. Certains pays ne partageraient cependant pas leurs vues, dont la France, qui selon Les Amis de la Terre et Greenpeace, auteurs d’un communiqué commun, serait « en train de céder aux pressions et s’apprêterait à votre contre la proposition de la Commission européenne ».

Il y a toutefois des motifs d’espérer que la nouvelle législation soit adoptée, les huit Prix Nobel ayant déjà alerté avec succès Barack Obama au sujet du projet de pipeline Keystone XL, sur lequel le chef de l’exécutif américain tranchera définitivement après les élections présidentielles. Au Canada, l’exploitation des sables bitumineux « n’a pas seulement contribué au réchauffement climatique, elle a aussi causé de vastes dommages environnementaux et nuit aux populations locales. Elle a pollué la rivière Athabasca, l’air avec des toxines et transformé des terres agricoles en friches. Enfin, les mines de sable bitumineux ont détruit de nombreuses parcelles de forêt boréale », ont-ils rappelé dans leur lettre.

Des ravages qui justifieraient pleinement leur bannissement des frontières continentales. D’autant qu’avec l’épuisement des ressources pétrolières dites conventionnelles, la production pourrait tripler d’ici 2020…

Source :

Source : 20minutes.fr